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Le texte analyse les transformations des politiques d’emploi pour les personnes handicapées, notamment avec la réforme de France Travail et la loi 2023 pour le Plein emploi. Il met en lumière un glissement vers une approche gestionnaire et standardisée, où l’intégration professionnelle est conditionnée par la capacité présumée à se rapprocher rapidement de l’emploi. Cette orientation s’éloigne d’un accompagnement personnalisé prenant en compte les besoins spécifiques des personnes handicapées.
Plusieurs effets pervers sont soulignés :
Conditionnalité des aides : Il ne suffit plus d’être reconnu comme handicapé pour bénéficier d’aides ; il faut aussi démontrer sa volonté et sa capacité à s’adapter aux exigences du marché. Cela favorise les profils « méritants » avec un projet professionnel clair, tandis que les autres sont orientés vers des dispositifs médico-sociaux parfois décourageants.
Hiérarchisation : Les nouvelles politiques créent des hiérarchies parmi les personnes handicapées, désavantageant celles dont le profil s’éloigne de l’idéal du travailleur insérable (par exemple, les personnes avec un handicap psychique ou cognitif).
Pression sur les acteurs terrain : Les conseillers de France Travail doivent concilier des règles standardisées avec une nécessité de personnalisation, ce qui génère des tensions et des stratégies d’évitement.
Érosion des droits : L’extension de la catégorie du handicap (notamment via le disability mainstreaming) pourrait affaiblir les protections spécifiques pour les personnes vulnérables.
Par ailleurs, malgré une augmentation du nombre de personnes reconnues comme handicapées, le taux de chômage reste deux fois supérieur à la moyenne et les durées d’inscription à France Travail sont plus longues. La loi 2023 facilite l’accès à la RQTH, mais cette inclusion formelle ne se traduit pas par une réduction des inégalités sur le marché du travail.
Enfin, le texte interroge cette redéfinition politique du handicap, qui semble de plus en plus associé à l’employabilité. Cette approche risque d’exclure durablement les personnes dont les capacités ne correspondent pas aux attentes immédiates des employeurs, tout en fragilisant les droits acquis historiquement pour cette population.
En somme, si les politiques actuelles visent une inclusion formelle, elles pourraient accentuer les inégalités et marginaliser certaines catégories de travailleurs handicapés au nom d’une logique d’efficience budgétaire.
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